une de mes copines adoptante, fidèle lectrice et commentatrice de ce blog,
a appris dimanche soir qu'elle est maintenant maman d'une petite fille de 4 mois, qui se trouve actuellement dans le même orphelinat que Maude il y'a un peu plus de trois ans. J'ai lu son message si émouvant et tout m'est revenu, un flot de souvenirs qui m'a laissé éveillée jusqu'à point d'heure.
Cette fois, il s'agissait de la "remise officielle", c'est à dire du moment précis où je suis devenue la maman de Maude, officiellement pour les autorités vietnamiennes et concrètement pour moi.
J'étais à Hanoï depuis une semaine et j'attendais ce fameux jour de la remise officielle pour aller chercher Maude à Bac Kan, à trois heures de route environ. Autant dire que j'appelais l'interprète qui s'occupait de mon adoption tous les jours, attendant fébrilement qu'il me dise "c'est demain", et que cette semaine m'avait parue fort longue... Heureusement que la solidarité entre adoptants était forte, nous étions toujours tout un groupe à nous soutenir mutuellement.
Puis ce fameux jour est arrivé, il m'appelle un soir assez tard, on va à Bac Kan demain, 12 août 2005. Ok, je suis prête devant l'hôtel à l'heure dite, tôt dans la matinée. On fait une bonne heure de route, sortie d'Hanoï, on commence à rouler dans les rizières et là, le mari de la directrice de l'orphelinat, qui était dans la voiture, annonce que flûte de zut, il a oublié d'acheter des médicaments pour sa femme ! Demi-tour, on repart à Hanoï pour aller à la pharmacie ! Autant dire que j'étais dans un état...
Nous voici donc à nouveau sur la route cette fois avec presque deux heures de retard sur l'horaire prévu au départ. Voilà quelques photos prises sur cette même route lors de mon premier voyage, en mai :



On fait quand même un arrêt rapide pour manger un pho dans un petit routier local. Puis on attaque la route montagneuse, celle qui finit par mener à Bac Kan, pas loin de la frontière chinoise. Bac Kan signifie de manière un peu péjorative en vietnamien, "le trou du cul du monde" d'après un de mes cousins qui a vécu dix ans dans le coin...
On arrive là-bas avec une bonne heure de retard, toutes les nounous nous attendaient à la porte de l'orphelinat avec la directrice, l'une d'entre elles portait Maude dans ses bras. Maude était vêtue de sa petite tenue jaune, celle qu'on m'avait demandé de lui acheter lors de mon premier voyage sur place, 3 mois plus tôt. La voilà, je l'ai gardée dans sa "boite d'adoption", comme elle paraît petite !!!
On me met Maude dans les bras, celà fait déjà un bon moment que je suis comme en pilote automatique, je ne ressens pas grand chose à ce moment là. Puis l'interprète me dit que c'est le moment de donner les cadeaux pour les nounous, et je réalise à ce moment là, qu'ayant Maude dans les bras, je suis incapable d'aller fouiller dans la voiture pour chercher mon sac ! C'est le moment précis ou j'ai compris que ma liberté chérie, celle que je connaissais avant, venait de me filer entre les doigts, c'est drôle mais c'est vraiment cette impression là que j'ai eue en premier.
Après, on remonte dans la voiture, je suis choquée car les nounous ont eu moins de 30 secondes pour faire leurs adieux à Maude, il y'en a une qui pleure mais vu le retard qu'on avait il fallait qu'on file au comité populaire pour la cérémonie de remise officielle. On y est deux minutes plus tard, grand bâtiment officiel avec drapeaux rouges. On se retrouve nous et deux familles d'italiens dans une grande salle officielle :
C'est le moment que Maude choisit pour se mettre à pleurer un peu, puis gigoter, puis vomir tout son dernier bib sur ma jupe en soie sortie pour l'occasion ! D'où la grande tâche que l'on voit bien sur les photos, très joli n'est-ce pas ?
Il faut se taper quelques discours (en vietnamien, avec traduction simultanée en italien et en français...), puis faire soi-même un petit discours de remerciements, et signer tout un tas de papiers. A un moment, Maude s'est mise à chouiner un peu, elle en avait marre et j'ai pensé qu'il lui fallait une tétine (je savais qu'elle avait l'habitude d'en avoir une à l'orphelinat). L'interprête me dit, mais non, elle n'en a pas besoin et moi, mais si, pourriez-vous l'attraper dans mon sac s'il vous plait, j'étais sure de moi sur ce coup-là, c'était quand même mon premier instinct de mère, non mais !
On reprend finalement la route d'Hanoï après une bonne heure de cérémonie. Maude est sur mes genoux et je prends enfin le temps de la regarder à loisir, de lui parler tout bas (je n'avais pas envie que l'interprète m'entende), de lui dire que je suis sa maman, que je l'emmène dans notre maison... Et là, elle me regarde droit dans les yeux, ses yeux sont rieurs, elle gazouille un areuh de bonheur, comme si elle savait tout, comme si elle avait tout compris, alors que je culpabilisait deux minutes avant de l'arracher si brusquement à son quotidien. J'appelle mon père dès que le réseau passe sur mon portable, papa ça y'est, elle est avec moi, je suis maman... La vraie émotion est là !
La suite du voyage consiste à apprendre comment faire un biberon d'une main dans une voiture en mouvement puis à changer une couche (ma première) dans cette même voiture arrêtée en pleine campagne sous une pluie battante, la nuit, quand trois vietnamiens vous attendent...
Puis, une semaine plus tard, après quelques périgrinations pour obtenir visa et billet d'avion, quelques jours de baby-blues (eh oui, y'a pas de raison !) c'est le départ pour Paris et vers notre nouvelle vie ...

et encore dix jours plus tard, voilà ma pucette découvrant tant de nouvelles choses lors d'une réunion de famille (50 personnes d'un coup !)

Elle a 4 mois et tant d'intelligence dans les yeux, j'adore cette photo, merci Marie-Pierre !